Accompagnement du deuil — déroulement de séance (centré sur le génogramme) — Modèles & Documents - GenoEasy
Déroulés de séance

Accompagnement du deuil — déroulement de séance (centré sur le génogramme)

Déroulement de séance pour les séances d'accompagnement du deuil dans lesquelles le génogramme est utilisé comme « carte de mémoire et de lien » — avec des phases de sécurisation claires et des ancres d'auto-soin.

Format: PDF Version: 1.0 Mise à jour: 2026-06-03 Licence: CC BY 4.0 Langue: DE

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Comprendre le deuil — ce qu'il est et ce qu'il n'est pas

Le deuil est la réaction normale à une perte significative. Ce n'est pas un déficit, une maladie, ni un problème à résoudre rapidement. C'est un travail — et il a besoin de temps, d'espace et d'un accompagnement bienveillant. Considérer le deuil comme un déficit revient à pathologiser une réaction saine et nuit ainsi aux personnes en deuil.

Il existe néanmoins des évolutions dans lesquelles le deuil prend une forme nécessitant une aide professionnelle. Le trouble du deuil prolongé (Prolonged Grief Disorder, PGD) est reconnu depuis 2018 dans la CIM-11 comme diagnostic à part entière. Il doit être distingué du deuil « normal » et nécessite une prise en charge psychothérapeutique. Pour les critères précis, voir la section 5.

Mise au point importante — Kübler-Ross. Le modèle en cinq phases d'Elisabeth Kübler-Ross (déni, colère, négociation, dépression, acceptation) a été formulé à l'origine pour les personnes mourantes, non pour les proches endeuillé·e·s. Il est souvent utilisé dans la perception populaire comme « modèle du deuil » — la recherche empirique sur le deuil ne valide pas cette application linéaire des phases au deuil. Les modèles actuels (Worden, Stroebe/Schut) conçoivent le deuil comme un processus non linéaire et oscillant. Les phases de Kübler-Ross peuvent être mentionnées en entretien, mais ne doivent pas être utilisées comme outil diagnostique ou « modèle pronostique ».

Contenu : Quatre tâches de Worden · Modèle à double processus de Stroebe/Schut · Cadre de l'accompagnement du deuil · Structure de séance (5 modules) · Spécificités du génogramme dans le deuil · Indicateurs de crise · Quand orienter vers la psychothérapie · Auto-soin de l'accompagnateur·trice · FAQ · Note d'impression · Pocket de séance · Sources.


1. Aperçu des modèles actuels du deuil

### Worden — Quatre tâches du deuil (Tasks of Mourning)

J. William Worden a développé le modèle des quatre tâches dans « Grief Counseling and Grief Therapy » (édition allemande Hogrefe/Huber). Il ne s'agit expressément pas d'un modèle de phases linéaire — les tâches peuvent être travaillées en parallèle, à des rythmes différents et de manière récurrente.

1. Accepter la réalité de la perte — la réalité de la mort. Comprendre que le décès a réellement eu lieu et que le défunt ou la défunte ne reviendra pas. On le reconnaît souvent à la répétition des questions sur les circonstances du décès ; à des comportements faisant comme si rien ne s'était passé (conserver le numéro de téléphone, maintenir les mêmes routines) ; au besoin de raconter l'histoire encore et encore.

2. Traverser la douleur du deuil. Percevoir la douleur émotionnelle, physique et cognitive plutôt que de l'anesthésier. L'accompagnateur·trice soutient en ne repoussant pas la douleur, en ne la relativisant pas, en ne l'accélérant pas. « Cela fait partie de tout cela » est plus porteur que « Il faut continuer à vivre ».

3. S'adapter à un monde sans la personne décédée. L'adaptation des rôles, de l'identité et du sens. Qui étais-je par rapport au défunt ? Qui suis-je maintenant ? Quelles tâches pratiques (administrations, finances, nouvelle organisation du quotidien) doivent être restructurées ? Quelles questions identitaires (veuf·ve, orphelin·e, mère devenue sans enfant) doivent être intégrées ?

4. Trouver un nouveau lien émotionnel avec le défunt ou la défunte et avancer dans la vie. Il s'agit d'un élargissement apporté par Worden dans ses éditions ultérieures — non pas un « lâcher prise », mais la découverte d'un rapport vivable avec la personne décédée. Elle conserve sa place dans la vie de la personne en deuil sans bloquer la poursuite du chemin de vie.

### Stroebe & Schut — Modèle à double processus

Margaret Stroebe et Henk Schut (1999) ont développé le Dual Process Model of Coping with Bereavement, aujourd'hui largement reconnu comme référence empirique. Le deuil y est conçu comme un va-et-vient entre deux orientations d'adaptation :

  • Adaptation orientée vers la perte — se tourner vers la douleur, la mémoire, le deuil. Raconter, pleurer, regarder des photos, aller au cimetière.
  • Adaptation orientée vers la restauration — se tourner vers la vie après la perte. S'exercer à de nouveaux rôles, accomplir des tâches pratiques, entretenir des contacts sociaux, parfois éviter la douleur du deuil.

Un deuil sain oscille entre les deux modes — il n'est pas une douleur permanente ni un fonctionnement permanent. Rester durablement bloqué·e dans un seul mode est source de difficultés : exclusivement orienté·e vers la perte → immobilisation dans le deuil ; exclusivement orienté·e vers la restauration → deuil non traité qui revient ultérieurement.

Pour l'accompagnement, cela signifie : les deux modes sont « sains ». L'accompagnateur·trice soutient l'oscillation, non la fixation sur un mode.


2. Cadre et clarification de la demande dans l'accompagnement du deuil

Qui vient pour un accompagnement du deuil ? Des proches endeuillé·e·s après le décès d'un être cher — partenaire, parents, enfant, fratrie, ami·e. Également des personnes après une perte traumatique (suicide dans la famille, homicide, perte périnatale ou infantile), après une perte anticipée (longue fin de vie en soins), après des pertes multiples (pandémie, accident, catastrophe). Et aussi des personnes avant une perte prévisible (deuil anticipatoire, accompagnement palliatif).

Décisions de cadre.

  • Cadre individuel — standard, particulièrement pour une perte intime.
  • Cadre familial — pertinent lorsque le génogramme doit être dessiné avec toute la famille, en cas de deuil d'un enfant ou de pertes touchant plusieurs générations.
  • Cadre de groupe (groupe de deuil) — utile surtout en cas d'isolement et de vécu « personne ne me comprend » — mais relève de mains spécialisées (certifié·e·s BVT ou équivalent).
  • Cadre en ligne — fonctionne pour de nombreux·ses client·e·s ; important : environnement calme des deux côtés, stabilité technique.

Fréquence et durée.

  • Phase initiale souvent hebdomadaire, puis toutes les deux semaines, puis mensuelle.
  • Un accompagnement dure en général 3 à 12 mois. Plus longtemps en cas de pertes complexes ou traumatiques.
  • En cas de suspicion de trouble du deuil prolongé ou de complication : orientation vers un cadre psychothérapeutique (voir section 5).

Clarification de la demande lors du premier entretien.

  • « Qu'est-ce qui vous a amené·e ici ? Qui est décédé·e, quand, dans quelles circonstances ? »
  • « Qu'attendez-vous de cet accompagnement ? »
  • « Quel doit être mon rôle ici — où souhaitez-vous que je sois à vos côtés, et où non ? »
  • Clarifier les honoraires, la fréquence, la confidentialité et la distinction avec la thérapie.


3. Structure d'une séance — cinq modules

Les séances de deuil suivent une structure typique qui tient compte de l'oscillation entre le mode orienté vers la perte et le mode orienté vers la restauration.

### Module 1 — Accueil et installation (5–10 min)

Commencer délibérément dans le calme. Les personnes en deuil portent beaucoup — l'agitation à la porte rend les choses plus difficiles. « Comment êtes-vous arrivé·e aujourd'hui ? Qu'est-ce qui vous occupe ? » — sans attente d'une réponse particulière. Parfois la réponse est « Aujourd'hui ça va » et ce serait bien ainsi. Parfois le deuil submerge dès les premiers mots — cela aussi est bien.

### Module 2 — Retour sur la semaine (10–15 min)

« Que s'est-il passé depuis notre dernière séance ? » — délibérément ouvert. Important : ne pas poser de questions orientées vers les symptômes (« Avez-vous à nouveau eu des troubles du sommeil ? »), mais orientées vers le vécu (« Qu'est-ce qui a été particulièrement difficile cette semaine, qu'est-ce qui a été supportable, qu'est-ce qui vous a surpris·e ? »).

L'oscillation entre les modes se manifeste souvent ici : des récits de souvenirs douloureux se mêlent à des comptes rendus de tâches accomplies, de nouvelles rencontres, de petits pas en avant.

### Module 3 — Travail principal (20–30 min)

Selon les besoins et la phase :

  • Espace de narration — le·la client·e parle de la personne décédée, de la relation, d'expériences partagées. L'accompagnateur·trice écoute, pose des questions sur les détails, valide.
  • Travail avec le génogramme — la personne décédée et sa place dans le système familial sont visualisées. Les lignes de deuil multigénérationnelles deviennent visibles (voir section 4).
  • Impulsion rituelle — réfléchir ensemble à un petit geste rituel (écrire une lettre, boîte à photos, visite au cimetière, carte mémorielle).
  • Demande concrète — parfois le·la client·e arrive avec une question aiguë (« Comment annoncer aux enfants que Noël sera sans papa ? »), qui devient le point central.
  • Inventaire des ressources — interroger délibérément ce qui tient et porte. « Qui est à vos côtés aujourd'hui ? Qu'est-ce qui vous a fait du bien ces dernières semaines ? »

### Module 4 — Sécurisation et clôture (5–10 min)

« Qu'emportez-vous aujourd'hui ? » Délibérément pas « Qu'avons-nous accompli ? » — l'accompagnement du deuil ne connaît pas de « réussites » au sens habituel. À la place : qu'est-ce qui était important aujourd'hui ?

Un accord concret pour la semaine — souvent une petite tâche douce : « Cette semaine, soyez attentif·ve aux moments où vous pensez à votre mère et où cela ne fait pas que mal, mais réchauffe aussi. »

### Module 5 — Post-traitement de l'accompagnateur·trice (15 min, après la séance)

Les séances de deuil ont des effets durables. Réflexion personnelle : qu'est-ce que l'entretien a éveillé en moi ? Quels thèmes m'ont touché·e de près — mes propres expériences de perte ? Y a-t-il quelque chose que je dois apporter en supervision ?

Exemple concret — l'impulsion rituelle. Une veuve, six mois après le décès de son mari, vient à la cinquième séance. Elle raconte qu'elle ne « célèbre » plus son anniversaire — il tombait une semaine après le décès. L'accompagnatrice propose : « Peut-être que cet anniversaire a besoin d'une petite forme propre cette année. Qu'est-ce qui aurait plu à votre mari ? » La cliente réfléchit — il aimait regarder de vieux films. Elle décide de regarder son film préféré le jour de son anniversaire, seule, avec un verre de son vin favori. Ce n'est pas une « réussite » — mais un pas trouvé ensemble, qui touche la réalité (tâche 1), la douleur (tâche 2) et le nouveau lien (tâche 4).

Exemple concret — le travail principal comme espace de narration. Une cliente est en deuil de sa mère, décédée après une longue démence. À la troisième séance, elle n'a besoin que d'une chose : raconter. Une heure de récit sur la mère avant la maladie, sur son rire, sa sévérité, son plat préféré. L'accompagnatrice dit presque rien — seulement « continuez à raconter » et « qu'est-ce qui vient maintenant ? ». À la fin : « Je n'ai rien fait aujourd'hui — mais j'ai revu ma mère. » C'est le travail de deuil dans sa forme la plus directe et la plus efficace.

Quand le génogramme entre dans la séance. Pas à chaque séance. Une première ébauche du génogramme appartient à la phase initiale, puis le génogramme est repris ponctuellement — quand une question multigénérationnelle surgit, quand le·la client·e cherche des patterns, quand un aspect de la personne décédée n'est pas encore visualisé. Le génogramme comme outil du deuil est lent — une personne, une relation, un événement par séance suffit souvent.


4. Travail avec le génogramme lors du deuil et des pertes multiples

Dans l'accompagnement du deuil, le génogramme est davantage qu'un outil diagnostique — il devient une carte de mémoire et de lien. Trois spécificités sont importantes.

Les personnes décédées sont inscrites, pas omises. Dans le génogramme standard, les personnes décédées sont marquées d'un X et l'année du décès est indiquée. Dans l'accompagnement du deuil, le génogramme peut être enrichi de marquages supplémentaires — un encadrement pour « particulièrement important », un double trait pour « le lien persiste ».

Patterns de deuil multigénérationnels. Lors d'un deuil, la question de la façon dont les générations précédentes ont géré la perte est hautement pertinente. Les pertes étaient-elles pleurées ou passées sous silence dans la famille ? Existe-t-il des pertes non endeuillées, transmises comme « atmosphère familiale » ? Qui a endossé dans la famille le rôle de porteur·euse du deuil ?

Questions d'exploration :

  • « Qui dans votre famille a déjà perdu quelqu'un — et comment ? »
  • « Les pertes étaient-elles évoquées dans votre famille ? »
  • « Y a-t-il des personnes dans la famille dont le décès n'a jamais été vraiment pleuré ? »
  • « Si votre grand-mère était ici aujourd'hui — comment regarderait-elle votre deuil ? »

Pertes multiples. Lorsque plusieurs personnes sont décédées en peu de temps (pandémie, accident, catastrophe), le génogramme devient une carte de vue d'ensemble. Quelle personne manque depuis quand ? Quelles pertes se sont « entremêlées » ? Qu'a-t-il fallu mettre de côté parce que trop de choses sont arrivées à la fois ?

Suicide dans la famille. Lorsque la personne décédée est morte par suicide, la dynamique du deuil et la stigmatisation s'en trouvent modifiées. Dans le génogramme, cela peut être nommé si le·la client·e le souhaite. Fréquemment : sentiments de culpabilité, honte, tabou familial. Aides spécialisées via des associations de proches après suicide ou des groupes locaux pour les endeuillé·e·s par suicide.

Note méthodologique : Le travail avec le génogramme dans l'accompagnement du deuil est plus lent que dans d'autres contextes. Une séance entière peut s'arrêter sur une personne, une relation, un événement — ce n'est pas un manque, mais de la profondeur.


5. Indicateurs de crise et orientation vers la psychothérapie

L'accompagnement du deuil n'est pas une thérapie du deuil. Il existe des situations dans lesquelles le cadre d'accompagnement ne suffit plus et où il convient d'orienter vers une structure qualifiée en psychothérapie.

Indicateurs de trouble du deuil prolongé (Prolonged Grief Disorder, CIM-11 6B42).

  • La perte remonte à au moins 6 mois (adultes) ou 12 mois (enfants)
  • Désir intense de retrouver le défunt ou la défunte, ou préoccupation persistante à son égard
  • Au moins un des symptômes suivants à un niveau cliniquement significatif : douleur émotionnelle, culpabilité, colère, déni, difficultés à s'engager dans de nouvelles activités ou relations, perte de sens, engourdissement, isolement social
  • Altération significative du fonctionnement professionnel, familial ou social

Si ces critères semblent remplis : orienter vers un bilan psychothérapeutique. La thérapie spécialisée du deuil (p. ex. thérapie du deuil compliqué selon Shear) est efficace.

Indicateurs de suicidalité aiguë.

  • Idées suicidaires actives avec plan, moyen, délai
  • « Je veux rejoindre mon mari / mon enfant » — comme désir d'action concret, non comme aspiration symbolique
  • Préparatifs (testament, don d'objets, conversations d'adieu)
  • Tentatives de suicide antérieures, antécédents psychiatriques

En cas de suicidalité aiguë, agir immédiatement : service médical de garde, numéro d'urgence psychiatrique ou urgences psychiatriques. Le secret professionnel cède face à l'état de nécessité justificatif (§ 34 StGB [code pénal allemand] — équivalent de l'état de nécessité en droit français) ; documenter la pesée des intérêts.

Indicateurs de deuil traumatique.

  • Perte survenue par violence, suicide, accident, catastrophe
  • Présence du·de la client·e lors du décès dans des circonstances traumatiques
  • Images intrusives répétées, flashbacks, symptômes de tension physique
  • Comportements d'évitement restreignant massivement le quotidien

Ici, une psychothérapie centrée sur le trauma est indiquée (EMDR, thérapie cognitivo-comportementale pour l'ESPT, thérapie des schémas). L'accompagnement du deuil peut être utile en parallèle, mais ne remplace pas la thérapie.

Comment s'effectue l'orientation ?

  • De manière claire et respectueuse : « Je pense que ce que vous vivez en ce moment nécessite une forme d'aide différente de celle que je peux proposer. »
  • Mise en relation concrète : nom d'un cabinet ou d'un centre de consultation, pas seulement « cherchez quelqu'un ».
  • Proposer si nécessaire un accompagnement en parallèle, si le·la client·e le souhaite.
  • Ne jamais formuler cela comme un rejet — l'orientation est un acte de soin, non d'abandon.


6. Auto-soin de l'accompagnateur·trice

L'accompagnement du deuil touche aux propres expériences de perte — celles vécues par le passé, celles encore à vivre. Travailler dans ce domaine sans y prêter attention mène à l'épuisement.

Trois pratiques utiles.

1. Connaître ses propres pertes. Qui n'a pas réfléchi à sa propre biographie de perte sera déclenché·e inconsciemment en entretien. La réflexion sur son propre deuil fait partie de la formation à l'accompagnement du deuil (BVT, instituts du deuil) — et doit être régulièrement actualisée, car de nouvelles pertes surviennent.

2. Recourir à la supervision. L'accompagnement du deuil relève d'une supervision régulière — supervision de cas ou en groupe. Non pas parce que « quelque chose ne va pas bien », mais parce que le domaine est systématiquement éprouvant.

3. Délimitation consciente au quotidien. Clore les séances — symboliquement, corporellement. Promenade après une séance difficile. Cultiver ses propres domaines de vie sans lien avec la mort et la perte. Se libérer de l'idée de devoir « sauver » quelqu'un.

Signes d'alarme d'une surcharge.

  • Difficultés à quitter les séances — l'entretien résonne pendant des heures.
  • Troubles du sommeil personnels, épuisement, irritabilité.
  • Les pensées tournent hors séance autour de certain·e·s client·e·s.
  • Comportements d'évitement — certaines séances sont « reportées » ou « annulées ».

Si plusieurs de ces signes persistent sur plusieurs semaines : entamer une thérapie personnelle ou intensifier la supervision. En cas d'épuisement aigu : réduire la charge client·e, envisager une pause du domaine du deuil.


FAQ — Six questions clés de la pratique

1. Quelle est la durée d'un deuil « normal » ?

Il n'y a pas de durée déterminée. La phase aiguë intense après une perte proche peut durer des semaines à plusieurs mois. La confrontation avec la perte peut s'étendre sur des années — ce qui n'est pas pathologique. Ce n'est que lorsqu'après 6 mois (adultes) ou 12 mois (enfants) persiste une altération fonctionnelle cliniquement significative et que la symptomatologie du deuil reste intense, qu'il convient de penser à un PGD.

2. Dois-je nommer la personne décédée par son prénom dans l'entretien ?

Oui, si le·la client·e le fait. Nommer la personne, c'est reconnaître son existence et son importance. « Votre mère » ou « Madame/Monsieur X » — les deux sont appropriés. Si le·la client·e l'évite, ne pas l'imposer — certain·e·s ont besoin de temps avant de pouvoir à nouveau prononcer le prénom.

3. Que faire si le·la client·e pose des questions de sens — « Pourquoi maintenant ? Pourquoi lui/elle ? »

Les questions de sens sont centrales dans le deuil. Les conseiller·e·s n'ont pas de réponses toutes faites — et ne devraient pas en proposer. « Je me pose souvent cette question aussi » ou « Je ne sais pas non plus — mais je vous écoute pendant que vous cherchez une réponse » est plus porteur que toute explication. Une signification religieuse ou spirituelle peut être formulée par le·la client·e si c'est ainsi qu'il ou elle le vit — le·la conseiller·e modère sans imposer sa propre position.

4. Que faire si le·la client·e parle de la personne décédée comme si elle était encore là ?

Ce n'est pas pathologique — de nombreuses personnes en deuil conservent des dialogues intérieurs avec la personne décédée, lui parlent sur sa photo, lui demandent conseil. Cela correspond à la quatrième tâche de Worden (nouveau lien émotionnel). Accompagnement : laisser vivre cela, l'honorer, ne pas « corriger ». En revanche, si le·la client·e se comporte comme si la personne était encore vivante (conserver le numéro de téléphone, prendre des rendez-vous, pas d'acte de deuil), cela peut indiquer une difficulté avec la première tâche de Worden — à aborder avec délicatesse.

5. Faut-il procéder différemment pour le deuil d'un enfant ?

Oui. La perte d'un enfant est l'une des expériences de deuil les plus intenses, avec une forte mise à l'épreuve de la relation parentale (souvent séparation en cours), une charge pour la fratrie, et une crise identitaire (« Suis-je encore mère / père ? »). Un accompagnement spécialisé est pertinent (associations de parents et fratries endeuillé·e·s, groupes de deuil régionaux pour parents endeuillé·e·s). La perte périnatale et infantile a ses propres spécificités — initiatives pour les prématurés, consultations régionales de sages-femmes. Si besoin, orienter ou co-accompagner.

6. Que faire si je vis moi-même une perte en ce moment ?

Un deuil personnel récent et l'accompagnement du deuil d'autres personnes sont souvent incompatibles — la gravité personnelle est trop grande, la proximité trop forte. Recommandation : pause dans le domaine du deuil, poursuivre d'autres domaines de conseil, clarifier avec son·sa superviseur·e le moment du retour. Qui porte son propre deuil non traité n'est pas efficace comme accompagnateur·trice et se nuit à lui·elle-même.


Pocket de séance à emporter

Les pages suivantes contiennent du matériel imprimable pour la séance de deuil. Vous pouvez poser ces pages à côté de vous et les utiliser comme repères et feuilles de notes pendant l'entretien.

  • Page 1 — Tâches de Worden & modules de séance en vue d'ensemble.
  • Page 2 — Feuille de notes de séance avec lignes pour les points principaux.
  • Les explications de chaque point se trouvent dans les pages précédentes.

Tâches de Worden & modules de séance

Worden — Quatre tâches du deuil (non linéaires)

TâcheDe quoi il s'agit
1. Accepter la réalitéComprendre le décès, le défunt ou la défunte ne reviendra pas
2. Traverser la douleurPercevoir les émotions du deuil plutôt que de les anesthésier
3. S'adapter au nouveau mondeRestructurer rôles, identité et quotidien
4. Trouver un nouveau lien intérieurLe défunt ou la défunte garde sa place, la vie continue

Stroebe & Schut — Oscillation

Orienté·e vers la perteOrienté·e vers la restauration — les deux sont sains, l'oscillation est le travail.

Modules de séance

ModuleDuréeQuestion centrale
1. Accueil & installation5–10'« Comment êtes-vous arrivé·e aujourd'hui ? »
2. Retour sur la semaine10–15'« Qu'est-ce qui a été difficile cette semaine ? Qu'est-ce qui a été supportable ? »
3. Travail principal20–30'Narration / génogramme / rituel / demande
4. Sécurisation & clôture5–10'« Qu'emportez-vous aujourd'hui ? »
5. Post-traitement15' aprèsRésonance personnelle, note de supervision

Indicateurs de crise — agir immédiatement

  • ☐ Suicidalité aiguë (plan, moyen, délai)
  • ☐ Trouble du deuil prolongé (symptômes > 6 mois)
  • ☐ Deuil traumatique (symptômes d'ESPT)
  • ☐ Substances psychoactives comme mode d'adaptation

Contacts (mis à jour 2026)

  • Téléphone Amitié (France) 09 72 39 40 50
  • Numéro national de prévention du suicide 3114
  • SAMU / Urgences 15 / 112
  • Enfance en danger 119
  • Bundesverband Trauerbegleitung (BVT) bv-trauerbegleitung.de
  • Deutscher Hospiz- und PalliativVerband (DHPV) dhpv.de
  • AGUS — Angehörige um Suizid agus-selbsthilfe.de
  • Verwaiste Eltern und Geschwister e.V. veid.de

Notes de séance — Accompagnement du deuil

Date / Code client·e / N° de séance

Qui est décédé·e ? Quand ? Depuis combien de temps ?

Module 1+2 — Installation / Retour sur la semaine

Module 3 — Travail principal (tâche de Worden travaillée aujourd'hui)

  • ☐ Tâche 1 — Accepter la réalité
  • ☐ Tâche 2 — Traverser la douleur
  • ☐ Tâche 3 — S'adapter au nouveau monde
  • ☐ Tâche 4 — Trouver un nouveau lien intérieur

Observation de l'oscillation (Stroebe/Schut) : principalement …

  • ☐ orienté·e vers la perte (douleur, mémoire, aspiration)
  • ☐ orienté·e vers la restauration (nouvelles tâches, fonctionnement)
  • ☐ oscillation équilibrée

Bilan de crise — éléments notables ?

Module 4 — Qu'emporte le·la client·e ?

Prochain rendez-vous / accord

Résonance personnelle / note de supervision


Sources et bibliographie complémentaire

  • Worden, J. William : Grief Counseling and Grief Therapy. Édition allemande Hogrefe/Huber. Quatre tâches du deuil (Tasks of Mourning) comme modèle de tâches non linéaire.
  • Stroebe, Margaret & Schut, Henk (1999) : The Dual Process Model of Coping with Bereavement. Death Studies. Oscillation entre adaptation orientée vers la perte et vers la restauration — référence empirique aujourd'hui largement reconnue.
  • Rechenberg-Winter, Petra / Fischinger, Ester : Kursbuch systemische Trauerbegleitung. Vandenhoeck & Ruprecht. Ouvrage de référence pour l'accompagnement systémique du deuil dans l'espace germanophone.
  • V&R — ÜbungsRaum Trauerbegleitung. Exercices pratiques pour les accompagnateur·trice·s.
  • V&R — Trauerforschung: Basis für praktisches Handeln. État actuel de la recherche, y compris réflexion critique sur les modèles de phases historiques.
  • DGSF Wissensportal — Trauer in der systemischen Supervision (2008). Accès libre (dgsf.org/service/wissensportal).
  • Bundesverband Trauerbegleitung (BVT) (bv-trauerbegleitung.de). Association professionnelle avec standards de qualification et annuaire des accompagnateur·trice·s du deuil.
  • Deutscher Hospiz- und PalliativVerband (DHPV) (dhpv.de). Soins palliatifs et hospices, offres d'accompagnement du deuil.
  • Deutsche Gesellschaft für Palliativmedizin (dgpalliativmedizin.de). Contexte médical palliatif, accompagnement familial en fin de vie.
  • AGUS — Angehörige um Suizid (agus-selbsthilfe.de). Entraide spécialisée après suicide dans la famille.
  • Verwaiste Eltern und Geschwister e.V. (veid.de). Entraide et conseil après le décès d'un enfant.
  • CIM-11, Code 6B42 — Trouble du deuil prolongé. Critères diagnostiques du trouble du deuil prolongé (reconnu dans la CIM-11 depuis 2018).
  • Shear, M. Katherine et al. : Treatment of Complicated Grief. JAMA. Thérapie du deuil compliqué comme forme de traitement psychothérapeutique pour le PGD.
  • § 203 StGB [code pénal allemand — secret professionnel] ; § 34 StGB [état de nécessité justificatif] en cas de suicidalité aiguë.
  • Note Kübler-Ross. Le modèle en cinq phases a été formulé pour les personnes mourantes, non pour les proches endeuillé·e·s. La recherche actuelle sur le deuil ne valide pas une application linéaire des phases au deuil — Worden et Stroebe/Schut sont aujourd'hui la référence. Kübler-Ross peut être mentionné historiquement, mais ne devrait pas être utilisé comme modèle diagnostique ou pronostique dans l'accompagnement du deuil.

Modèle GenoEasy · Version 2.0 · Mis à jour le 2026-06-03 · Lecture env. 30 min

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