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Pourquoi une structure en phases ?
Une séance de 60 minutes sans structure interne devient facilement une « collection d'anecdotes sous prétexte de thérapie ». Les client·e·s racontent beaucoup ; les thérapeute·s hochent beaucoup la tête ; à la fin, les deux s'étonnent de ce qui s'est réellement passé. Une structure en phases protège de cet effet — elle oblige le·la praticien·ne à marquer les transitions consciemment, et elle donne aux client·e·s une sécurité implicite sur « où nous en sommes ».
Important : il n'existe pas de modèle de phases unique et universellement correct. L'heuristique en cinq phases utilisée ici est une synthèse pragmatique de :
- Modèle de Heidelberg (Schlippe/Schweitzer) — Accueil, demande, exploration, intervention, clôture
- Modèle de Milan (Selvini Palazzoli et al.) — Pré-séance, séance, inter-séance, intervention, post-séance
- Structure de séance orientée solutions (de Shazer/Berg) — Ce qui allait mieux, ressources, échelle, prochaine étape, compliments
La logique des phases milanaises suppose une co-thérapie ou une équipe réfléchissante — elle est donc ici traduite pour une séance en solo. Les structures originales sont disponibles dans la littérature (voir sources).
Contenu : Une section par phase · Variations pour les séances initiales, de suivi et de clôture · Six difficultés typiques · FAQ · Indication d'impression · Carte de référence de poche · Sources.
Phase 1 — Arrivée, cadre, actualisation (env. 5–10 min)
Objectif. Le·la client·e s'installe dans l'espace, passe du quotidien au contexte thérapeutique, et le·la praticien·ne obtient une première impression de l'état actuel. Lors des séances de suivi, on établit le lien avec la séance précédente.
Que se passe-t-il concrètement ?
- Accueil. Siège, eau, courte pause pour l'installation.
- « Comment allez-vous aujourd'hui ? » — intentionnellement ouvert, sans évaluation des symptômes.
- Lors des séances de suivi : « Qu'est-ce qui s'est passé depuis notre dernière séance ? » — reprise du travail à domicile ou de la dernière réflexion.
- Si un état de détresse aiguë est perceptible : ne pas entrer dans le plan prévu, mais rester avec la charge actuelle.
Exemples de questions.
- « Qu'est-ce qui vous préoccupe le plus aujourd'hui ? »
- « Par où voulons-nous commencer — par la réflexion que nous avions la dernière fois, ou par ce qui s'est passé cette semaine ? »
- « Sur une échelle de 1 à 10 — où en êtes-vous aujourd'hui ? » (particulièrement dans les thérapies avec mesure continue des symptômes)
Difficultés typiques.
- Le·la client·e raconte immédiatement trente minutes de quotidien. → Interrompre poliment mais fermement : « J'entends qu'il s'est passé beaucoup de choses. De quoi voulons-nous vraiment parler aujourd'hui ? »
- Le·la client·e « n'arrive pas » (dispersé·e, absent·e). → Question d'ancrage concrète : « Comment êtes-vous venu·e ici aujourd'hui ? Qu'avez-vous fait juste avant ? »
- Le·la praticien·ne lui-même·elle-même n'est pas présent·e (encore sous l'influence de la séance précédente). → Prévoir 3 minutes de pause avant la séance ; exercice de respiration.
Exemple concret. Un·e client·e vient à la troisième séance. Il·elle entre avec un visage tendu, un sac usé, une légère essoufflement. Le·la praticien·ne ne dit rien, désigne la chaise, pousse l'eau. Seulement après 30 secondes : « Je suis content·e que vous soyez là. Comment êtes-vous arrivé·e aujourd'hui ? » — Le·la client·e expire, commence par une phrase sur le trajet. Voilà la phase 1 — elle a nécessité presque aucun mot, mais elle fonctionne.
Variante milanaise. Dans les settings avec équipe réfléchissante, la séance commence par une brève pré-séance des praticien·ne·s (5 min), lors de laquelle les premières hypothèses de la séance précédente sont actualisées. Le·la client·e n'entre qu'ensuite. Les praticien·ne·s en solo peuvent simuler cela par une préparation consciente de 3 minutes — relire la dernière note, rafraîchir l'hypothèse, exercice de respiration personnel.
Phase 2 — Clarifier et focaliser la demande (env. 10–15 min)
Objectif. La conversation générale se transforme en un thème traitable pour cette séance. Le·la client·e établit des priorités (parfois avec de l'aide), et le·la praticien·ne formule une hypothèse de travail.
Que se passe-t-il concrètement ?
- Le·la client·e décrit le thème actuel dans ses propres mots.
- Le·la praticien·ne pose des questions clarificatrices et circulaires (Tomm : linéaire → circulaire → réflexive).
- Clarification du mandat : « Quel serait pour vous un bon résultat de cette séance ? »
- Le·la praticien·ne formule une hypothèse de travail (en interne, éventuellement aussi de manière transparente).
Exemples de questions.
- Questions linéaires : « Quand cela s'est-il passé pour la dernière fois ? », « Qui était impliqué·e ? »
- Questions circulaires : « Si votre mère était assise ici aujourd'hui — que dirait-elle ? », « Qui dans votre famille est au courant ? »
- Questions réflexives : « Qu'est-ce qui changerait si le problème disparaissait ? »
- Question orientée solutions : « Y a-t-il eu une exception — une situation où le problème N'est PAS apparu ? »
Difficultés typiques.
- Le·la client·e reste en mode transe-problème, ne voit pas d'exceptions, pas de mouvement. → Utiliser la question d'échelle (« Aujourd'hui 3, quand était-ce déjà 5 ? »).
- Plusieurs thèmes sont également urgents. → Laisser le·la client·e choisir : « Quel thème brûle le plus ? » Poser explicitement les autres thèmes « sur la table de la prochaine séance ».
- Le·la praticien·ne a une hypothèse et oriente la conversation dans cette direction. → Autocontrôle : « Est-ce que j'écoute encore ou suis-je déjà dans le plan ? »
Exemple concret — les quatre types de questions de Tomm en application. Demande : « Mon fils et moi nous disputons constamment. »
- *Linéaire (recueil d'informations) :* « Quand a eu lieu la dernière dispute ? De quoi s'agissait-il ? »
- *Circulaire (rendre la relation visible) :* « Si votre femme était ici — comment décrirait-elle la dispute ? », « Que répondrait votre fils à la même question ? »
- *Stratégique (susciter le changement) :* « Que se passerait-il si vous réagissiez tout autrement la prochaine fois — que ferait alors votre fils ? »
- *Réflexive (élargir les ressources) :* « Imaginez que la dispute soit une fonction protectrice — qu'est-ce qu'elle préserve peut-être ? »
Les quatre types de questions sont utilisés de manière délibérément mélangée, pas dans un ordre fixe. Les praticien·ne·s peu expérimenté·e·s ont tendance à rester dans les questions linéaires — ce qui transforme la séance en clarification factuelle plutôt qu'en réflexion.
Phase 3 — Travail sur le génogramme et exploration approfondie (env. 15–25 min)
Objectif. Le thème est replacé dans le contexte biographico-familial. Le génogramme sert d'outil visuel pour rendre les schémas visibles — répétitions transgénérationnelles, attributions de rôles, qualités relationnelles.
Que se passe-t-il concrètement ?
- Si pas encore disponible : première esquisse du génogramme (3 générations).
- Si disponible : s'asseoir ensemble devant le génogramme, y situer la demande de la phase 2.
- Questions multigénérationnelles : « Qui dans votre famille a eu un thème similaire ? », « Comment cela se faisait-il dans la génération précédente ? »
- Examiner et approfondir les lignes relationnelles (étroites, conflictuelles, distantes).
- Situer temporellement les événements de vie (pertes, naissances, déménagements, crises) et vérifier leur lien avec le thème actuel.
Exemples de questions.
- « Si je demandais à votre grand-mère comment elle a géré une telle situation — que pensez-vous qu'elle dirait ? »
- « Qui dans votre famille a déjà vécu une telle situation ? Comment cela s'est-il terminé ? »
- « En regardant le génogramme — remarquez-vous un schéma ? »
- « Quelle règle tacite existe dans votre famille à propos de XY ? »
Difficultés typiques.
- Le·la client·e sait peu de choses sur les générations précédentes. → Travailler de manière hypothétique : « Que supposez-vous ? Qu'est-ce qui correspond à votre représentation ? »
- Le génogramme active le deuil (pertes, histoires familiales difficiles). → Ralentir le rythme, éventuellement passer en phase 4, continuer plus tard avec le génogramme.
- Le·la praticien·ne se perd dans les détails familiaux, la demande actuelle disparaît. → Autocontrôle : « Quel est le lien avec la demande d'aujourd'hui ? »
Important : Le travail sur le génogramme peut provoquer de fortes réactions émotionnelles. Deuil, colère, honte. Si cela se produit : ne pas continuer. Valider, passer en phase 4, décider ensuite si le travail sur le génogramme sera poursuivi.
Exemple concret — le génogramme comme outil de réflexion. Un·e client·e en burn-out, parent isolé·e, « je n'en peux plus ». Le génogramme révèle : la mère était également parent isolé·e, la grand-mère veuve. Trois générations de femmes sans partenaire de soutien, toutes dans des rôles d'aidantes. Le·la praticien·ne montre du doigt le schéma dans le génogramme : « Ici — trois générations. Qu'est-ce que cela signifie pour vous ? » — Le·la client·e : première réaction souvent un silence, puis des larmes, puis une nouvelle perspective : « J'ai toujours pensé que j'échouais. Mais je le fais comme cela se fait chez nous. »
De telles réflexions sur les schémas constituent la force du génogramme en phase 3. Elles agissent non pas par le savoir, mais par la visibilité.
Phase 4 — Formation d'hypothèses, intervention, recadrage (env. 10–15 min)
Objectif. De l'exploration émergent des hypothèses — sur le système-problème, sur la fonction du symptôme, sur les mouvements possibles. Il s'ensuit une intervention : un recadrage, une nouvelle perspective, une suggestion comportementale, une intervention paradoxale ou une proposition de rituel.
Que se passe-t-il concrètement ?
- Le·la praticien·ne partage une hypothèse provisoire (ou deux alternatives), introduite par « Ce que je remarque… » ou « Une possibilité serait… ».
- Le·la client·e réagit — accepte, modifie, rejette.
- Si l'hypothèse tient : concrétiser l'intervention. Par ex. recadrage (« Peut-être que votre tendance à vous retirer n'est pas un symptôme, mais une ancienne stratégie de protection. »), petite tâche comportementale, mission d'observation.
- Approche orientée solutions : dégager la plus petite prochaine étape (« Quel serait le plus petit signe visible que les choses avancent ? »).
Exemples de questions et formulations.
- « Si je pouvais formuler une hypothèse, ce serait celle-ci — comment cela correspond-il à ce que vous ressentez ? »
- « Que pensez-vous que dirait votre famille si vous vous comportiez différemment ? »
- « Imaginez que le problème soit résolu — qui dans votre famille serait alors le plus surpris ? Le moins surpris ? »
- « Si vous vous couchez ce soir et que demain tout est un peu différent — à quoi le remarqueriez-vous en premier ? »
Difficultés typiques.
- Le·la praticien·ne formule l'hypothèse comme un diagnostic (« Vous avez un problème d'attachement »). → Les hypothèses sont hypothétiques et doivent être formulées comme telles.
- Le·la client·e rejette toutes les hypothèses. → Ne pas imposer — prendre le·la client·e au sérieux en tant qu'expert·e de lui·elle-même. Éventuellement : « Laissons cette hypothèse reposer un moment — peut-être qu'elle conviendra mieux demain, ou pas du tout. »
- L'intervention devient un long exposé « avec le doigt levé ». → Une suggestion, une image, une phrase — rien de plus.
Exemple concret — recadrage. Le·la client·e : « Dans la famille, je suis toujours celle qui équilibre tout. Ça me détruit. » — Le·la praticien·ne (recadrage) : « Ce que vous faites là est une tâche très ancienne dans les familles — celle de la médiatrice. Vous l'avez manifestement si bien accomplie que vous en ressentez aujourd'hui le prix. Peut-être que la question n'est pas de savoir si vous déposez cette tâche, mais comment vous pouvez l'exercer autrement. » — Ce n'est pas une « réinterprétation positive » au sens bon marché, mais une autre lecture de la stratégie jusqu'ici adoptée. C'est souvent cette reconnaissance de la stratégie qui rend possible un mouvement.
Exemple concret — intervention paradoxale. Un·e client·e qui se met constamment sous pression pour tout faire correctement. — Le·la praticien·ne : « J'ai une suggestion qui vous paraîtra peut-être étrange. Essayez cette semaine de faire intentionnellement trois fois quelque chose de faux. Envoyer un e-mail avec une faute de frappe. Ne pas répondre à une question. Observez ce qui se passe. » — Les interventions paradoxales doivent être utilisées avec discernement et uniquement dans le cadre d'une relation solide, sinon elles paraissent cyniques.
Phase 5 — Clôture et travail à domicile (env. 5–10 min)
Objectif. La séance est condensée, le·la client·e repart avec quelque chose de concret, le prochain rendez-vous est convenu. Les dernières minutes ont une grande part dans la valeur mnémonique de la séance — elles ne sont pas un « reste », mais une condensation structurelle.
Que se passe-t-il concrètement ?
- « Qu'emportez-vous avec vous aujourd'hui ? Qu'est-ce qui a été le plus important pour vous ? »
- Le·la praticien·ne résume brièvement — uniquement si le·la client·e ne le fait pas spontanément.
- Travail à domicile / mission d'observation (optionnel) : concret, petit, réalisable.
- Convenir du prochain rendez-vous. Si nécessaire, clarifier les honoraires / points organisationnels.
- Au revoir — se lever, accompagner à la porte.
Exemples de travaux à domicile.
- Mission d'observation : « D'ici la prochaine séance, notez trois fois quand le problème N'était PAS là. N'écrivez pas pourquoi — écrivez seulement ce que vous avez fait. »
- Expérience comportementale : « Essayez pendant une semaine de répondre à la question de votre mère par ‹ J'y réfléchis › plutôt que de réagir immédiatement. »
- Tâche symbolique : « Cherchez cette semaine un objet qui symbolise votre demande, et placez-le à un endroit visible. »
- Recherche généalogique : « Parlez cette semaine avec une personne de votre famille à propos de XY et demandez-lui ce qu'elle en sait. »
Difficultés typiques.
- Le·la client·e « sort de la salle en courant » — aucune condensation possible. → La prochaine fois, commencer la phase 5 plus tôt, fixer un repère temporel (horloge visible).
- Le travail à domicile est trop grand / trop complexe / ne correspond pas à la demande. → Mieux aucun travail à domicile qu'un mauvais. Les client·e·s qui ne font pas les travaux à domicile ne sont pas gagnés pour la prochaine séance par ce biais.
- Le·la praticien·ne arrive avec sa propre synthèse — le·la client·e n'arrive pas à sa propre conclusion. → Tolérer le silence. « Qu'emportez-vous avec vous ? » est une question efficace ; la réponse nécessite souvent 30 secondes de silence.
Variante milanaise : Dans les settings avec équipe réfléchissante, en phase 5 les observations de l'équipe sont formulées sous forme de « lettre à la famille » — une discipline séparée qui n'est pas développée ici. Voir Boscolo et al.
Exemple concret d'un bon travail à domicile. Un·e client·e travaille depuis trois séances sur le thème « Je ne me prends jamais de temps pour moi ». Les travaux à domicile précédents (« Prenez-vous une heure par semaine ») n'ont pas été réalisés. Le·la praticien·ne formule différemment dans cette séance : « Observez seulement cette semaine — quand vous réussissez à vous prendre ne serait-ce que cinq minutes pour vous. N'écrivez pas d'intention, mais ce qui se passe réellement. » — C'est une tâche d'observation et non une tâche d'action. Elle ne peut pas « échouer », mais elle active la conscience de soi. C'est souvent la forme la plus efficace.
Phase 5 en setting familial. Quand plusieurs personnes sont présentes, la phase 5 comprend la question à chaque personne : « Qu'emportez-vous avec vous aujourd'hui ? » — et la capacité à tolérer que les réponses soient différentes. Un mandat commun n'est souvent ni possible ni pertinent. À la place : une petite mission d'observation par personne, qui touche sa propre part dans le système.
Variations selon les types de séances
Le modèle en cinq phases est flexible. Selon le type de séance, les accents se déplacent.
### Premier entretien
- Phase 1 plus courte (pas de point d'ancrage), mais le joining plus long.
- Phase 2 est ici avant tout clarification du mandat et du cadre.
- Phase 3 devient le premier recueil du génogramme (voir modèle séparé « Guide premier entretien »).
- Phase 4 retenue — aperçu des hypothèses plutôt que condensation d'hypothèses.
- Phase 5 comprend le contrat thérapeutique, le consentement RGPD (Règlement général sur la protection des données) et le premier rendez-vous de suivi.
### Séance de suivi
- Phase 1 avec retour à la séance précédente.
- Phase 2 plus focalisée, car l'historique est connu.
- Phase 3 avec approfondissement du génogramme ou nouveaux schémas.
- Phase 4 la plus développée sur le fond.
- Phase 5 avec lien concret vers la prochaine séance.
### Séance de clôture
- Phase 1 comme regard rétrospectif délibérément posé.
- Phase 2 comme « Où en sommes-nous maintenant, où en étions-nous au début ? ».
- Phase 3 comme vue d'ensemble sur le génogramme : qu'est-ce qui a changé, qu'est-ce qui reste ?
- Phase 4 avec réflexion : qu'est-ce qui a aidé, qu'est-ce qui n'a pas aidé ?
- Phase 5 comme au revoir conscient, éventuellement avec « lettre de clôture » ou remise d'un symbole.
### Séance de crise
- Phase 1 peut remplir toute l'heure — arrivée, sécurité, stabilisation.
- Phase 2 devient clarification de la situation : que s'est-il passé, qu'est-ce qui est aigu ?
- Phase 3 est supprimée ou reportée — le travail sur le génogramme n'est pas utile en crise aiguë.
- Phase 4 comme négociation d'une stratégie de stabilisation à court terme.
- Phase 5 avec plan d'urgence concret et accord de suivi.
### Séance de couple
- Phase 1 avec les deux partenaires — laisser arriver les deux, temps de parole égal.
- Phase 2 avec la question : « De quoi voulez-vous parler aujourd'hui ? » — confronter les réponses des deux.
- Phase 3 avec les dynamiques relationnelles dans le génogramme (familles propres des deux partenaires, schémas de transfert).
- Phase 4 vise le mouvement relationnel, non l'hypothèse individuelle.
- Phase 5 avec une petite mission d'observation commune qui met les partenaires en dialogue.
Six difficultés typiques dans la structure de séance
1. La séance « s'écoule ». Après 50 minutes, le·la praticien·ne est encore en phase 2, sans être arrivé·e au génogramme ni à une hypothèse. — Solution : Marquer activement les transitions de phases. « Nous avons passé 20 minutes à clarifier la demande — regardons ensemble ce que nous avons jusqu'à présent. »
2. Le·la client·e apporte un nouveau problème aigu à chaque séance. Le travail thérapeutique n'atteint jamais la profondeur. — Solution : Aborder explicitement en phase 2. « Je remarque que chaque semaine nous arrivons sur un thème différent. Voulons-nous nous fixer sur un thème pour les 3 prochaines séances ? »
3. Le·la praticien·ne oublie le travail sur le génogramme au fil du temps. Après 5 séances, le génogramme dessiné initialement a disparu dans le dossier. — Solution : Poser le génogramme visiblement sur la table à chaque séance. Y travailler au moins cinq minutes par séance.
4. La phase 4 devient une leçon. Le·la praticien·ne « explique » le système au·à la client·e. — Solution : Formuler les hypothèses explicitement de manière hypothétique (« Je me demande si… »). Traiter le·la client·e comme expert·e de lui·elle-même.
5. Les travaux à domicile ne sont pas faits. Le·la client·e arrive chaque semaine sans avoir accompli la dernière mission. — Solution : Ne pas accepter sans réaction, mais aborder le sujet : « Qu'est-ce qui s'est passé pour que la tâche ne soit pas possible ? Que cela nous dit-il ? »
6. Le·la praticien·ne lui-même·elle-même est « en pilote automatique ». Les schémas s'enchaînent, mais la séance ne vit pas. — Solution : Supervision. Délibérément structurer une séance par semaine « différemment » — une question inhabituelle, un autre ordre, un silence.
FAQ — Six questions centrales issues de la pratique
1. Dois-je parcourir toutes les cinq phases lors de chaque séance ?
Non. Le modèle est une heuristique, non un dogme. Dans les séances de crise, la phase 1 peut remplir toute l'heure. Dans les séances de clôture, la phase 5 peut être allongée. Ce qui importe est la clarté intérieure : où en suis-je ? Ai-je une hypothèse ? Quand la clarification de la demande s'arrête-t-elle ?
2. Dans quelle mesure dois-je respecter les repères temporels ?
Pas de manière pédante. Les indications de temps sont des repères — si la phase 2 arrive à une solution après 12 minutes au lieu de 15, c'est bien, pas trop tôt. Utile : avoir une horloge murale en vue, s'accorder un moment de silence au milieu de la séance, ouvrir consciemment la phase 5 avec « Nous avons encore dix minutes — qu'est-ce qui serait important pour vous maintenant ? »
3. Que faire si je n'ai pas d'hypothèse en phase 4 ?
Cela arrive souvent. Plusieurs options : (a) formuler une déclaration honnête du type « Ce qui me manque encore » — les client·e·s vivent souvent cela comme libérateur ; (b) demander au·à la client·e sa propre explication (« Que pensez-vous, d'où cela vient-il ? ») ; (c) supprimer la phase 4 et allonger à la place la phase 5 — la condensation comme intervention à part entière.
4. Quand utiliser les phases milanaises plutôt que celles décrites ici ?
La structure originale milanaise pré-/séance/inter-/post-séance suppose une équipe. Non applicable 1:1 en solo. Ceux·celles qui travaillent en co-thérapie ou avec une équipe réfléchissante devraient s'en tenir à la structure originale (Boscolo et al.). En setting solo, la structure en cinq phases décrite ici est la variante praticable.
5. Puis-je utiliser la structure en phases également dans des settings de groupe ou familiaux ?
Oui, avec des adaptations. Dans les settings familiaux, la phase 1 nécessite nettement plus de temps (laisser arriver chaque personne). La phase 2 devient une clarification du mandat avec plusieurs personnes — à qui appartient la demande ? La phase 3 utilise souvent le génogramme directement dans l'espace (mise en scène, sculpture). La phase 4 vise le mouvement du système, non l'hypothèse individuelle. La phase 5 doit inclure tous les participant·e·s.
6. Comment documenter une séance en 3 phrases ?
Proposition standard : Phrase 1 — Quelle était la demande aujourd'hui ? Phrase 2 — Quelle hypothèse est dans l'espace ? Phrase 3 — Quel travail à domicile / prochaine étape ? La documentation courante n'en nécessite pas davantage. Pour une réflexion approfondie, un journal de supervision séparé.
Carte des phases comme carte de table
La page suivante contient le récapitulatif des cinq phases sous forme de carte de table imprimable pour la séance. Vous pouvez détacher cette page, la poser à côté de vous et l'utiliser comme repère durant l'entretien.
- Cinq boîtes de phases avec repère temporel, questions clés et indications sur ce qui se passe ici.
- Lignes de notes pour les mots-clés les plus importants de la séance.
- Les explications de chaque phase se trouvent sur les pages précédentes.
| Phase | Durée | Question clé |
|---|---|---|
| 1. Arrivée & actualisation | 5–10' | « Comment allez-vous aujourd'hui ? » / « Qu'est-ce qui s'est passé ? » |
| 2. Clarifier & focaliser la demande | 10–15' | « De quoi devrions-nous parler aujourd'hui ? » / « Quel serait un bon résultat ? » |
| 3. Génogramme & exploration | 15–25' | « Qui dans votre famille a déjà vécu quelque chose de similaire ? » / « Quel schéma se remarque ? » |
| 4. Hypothèse & intervention | 10–15' | « Ce que je remarque… comment voyez-vous cela ? » / « Imaginez que cela soit résolu — qu'est-ce qui serait alors différent ? » |
| 5. Clôture & travail à domicile | 5–10' | « Qu'emportez-vous avec vous aujourd'hui ? » / « Comment les choses avancent-elles concrètement ? » |
Notes de séance
Date / Code client·e / N° de séance
Phase 1 — Actualisation (qu'est-ce qui s'est passé ?)
Phase 2 — Demande du jour
Phase 3 — Observations sur le génogramme, schémas
Phase 4 — Hypothèse / Intervention
Phase 5 — Ce que le·la client·e emporte / Travail à domicile / Prochain rendez-vous
Sources et lectures complémentaires
- Schlippe, Arist von / Schweitzer, Jochen : Lehrbuch der systemischen Therapie und Beratung I — Das Grundlagenwissen. Vandenhoeck & Ruprecht. Structuration de séance en setting systémique (modèle de Heidelberg).
- Tomm, Karl (1987) : Interventive Interviewing I — Strategizing as a Fourth Guideline. Family Process 26. Logique des phases de l'entretien.
- Tomm, Karl (1988) : Interventive Interviewing III. Family Process 27, 1–15. Quatre types de questions (linéaire, circulaire, stratégique, réflexive) comme outil de séance.
- Boscolo, Luigi / Cecchin, Gianfranco / Hoffman, Lynn / Penn, Peggy : Milan Systemic Family Therapy. Format de séance de l'école de Milan (pré-séance, séance, inter-séance, intervention, post-séance).
- de Shazer, Steve / Berg, Insoo Kim : Lösungsorientierte Kurzzeittherapie. Carl-Auer. Structure de séance orientée solutions (ce qui allait mieux, questions d'échelle, compliment).
- Hogrefe Dorsch — Lexikon der Psychologie : Entrée « Mailänder Modell ». Disponible gratuitement en ligne.
- Carl-Auer Systemisches Lexikon — Entrées « Hypothetisieren », « Lösungsfokussierung », « Zirkuläres Fragen » (carl-auer.de/magazin/systemisches-lexikon).
- DGSF Wissensportal — Articles spécialisés sur les structures de séances et les modèles de phases (dgsf.org/service/wissensportal).
- McGoldrick, Monica / Gerson, Randy / Petry, Sueli (2020) : Genograms — Assessment and Treatment, 4e édition. W. W. Norton. Application du génogramme dans les séances en cours.
Sources mises à jour le 2026-06-03. Les cinq phases constituent un cadre didactique — non un modèle standard contraignant des associations systémiques. Différentes écoles comptent différemment (3 phases en approche orientée solutions, 6 phases dans la structure milanaise classique). En cas d'application indépendante, choisir et réfléchir consciemment à la référence d'école.