Johann Sebastian Bach, portrait par Elias Gottlob Haussmann, 1748
Johann Sebastian Bach, portrait par Elias Gottlob Haussmann, 1748 (Domaine public, Wikimedia Commons)

Il existe un génogramme dans lequel presque chaque entrée porte la mention « musicien », et si on le contemple assez longtemps, on commence à se demander si le talent se transmet par hérédité ou si les familles sont simplement très convaincantes dans l'art d'apprendre à leurs membres qui ils doivent être.

Bach-Familie über vier Generationen mit J.S. Bach als Index
Vier Generationen Bachs — Berufsmusiker fast lückenlos.

La famille Bach est probablement l'exemple le plus saisissant de cette énigme – un arbre généalogique qui est simultanément une partition et qui pose la question de l'endroit où la nature s'arrête et l'éducation commence, sans jamais y répondre.

Sur sept générations, la famille thuringienne produisit des musiciens professionnels comme si c'était une loi de la nature. En commençant par Veit Bach (vers 1550–1619), boulanger et meunier du royaume de Hongrie, qui fuit les Habsbourg en tant que protestant vers Wechmar en Thuringe et y jouait de sa cithrinchen – un instrument ressemblant à un luth qu'il avait manifestement emporté en laissant tout le reste. Jusqu'à Johann Sebastian Bach (1685–1750), qui porta le génie musical de la famille à un sommet dont l'histoire de la musique ne s'est pas encore tout à fait remise, en passant par ses fils Carl Philipp Emanuel et Johann Christian, qui devinrent eux-mêmes des compositeurs importants, comme si dans cette famille on ne pouvait tout simplement pas faire autrement.

Que montrerait un génogramme des Bach ?

Au niveau généalogique, on trouve une famille comptant au moins 53 musiciens professionnels – organistes, cantors et musiciens municipaux –, dans laquelle la profession se transmit presque aussi naturellement que le patronyme. En Thuringe, « Bach » devint pendant un temps synonyme de « musicien », ce qui est l'un de ces rares cas où un nom de famille devient vraiment un programme.

Anteil Berufsmusiker pro Generation Bach
Berufs-Vererbung über fünf Generationen messbar.

Au niveau systémique, on voit un réseau familial fonctionnant comme un système de formation parfaitement huilé : les enfants apprenaient des oncles, les cousins remplaçaient les professeurs, les mariages se contractaient de préférence au sein de familles musicales. Un génogramme montrerait un réseau dense de relations de mentorat qui ressemble moins à une famille qu'à une guilde – ou, en termes plus contemporains, à une franchise d'église baroque.

Au niveau émotionnel, le tableau se fait plus silencieux. Johann Sebastian Bach perdit sa mère en 1694, son père seulement huit mois plus tard en février 1695 – il n'avait que neuf ans et grandit dès lors chez son frère aîné Johann Christoph. Dans le génogramme : une double perte précoce, qui renforça peut-être l'attachement intense à la seule chose qui restât de la famille – la musique.

La famille Bach montre pourquoi les génogrammes sont bien plus que des arbres généalogiques : ils rendent visible le lien entre les faits extérieurs et les schémas intérieurs. Un arbre généalogique n'aurait montré que ceci : beaucoup de Bach étaient musiciens. Un génogramme demande : Pourquoi ? Et il pose aussi la question qu'on ne trouve jamais dans un arbre généalogique : qu'en coûta-t-il à ceux qui ne l'étaient pas ?

Wiederholungsmuster Bach Beruf Heirat Vornamen
Fünf Wiederholungsmuster im Bach-Genogramm auf einen Blick.