Cadre triadique avec interprètes linguistiques et interculturel·le·s : construction de la confiance, adaptation méthodologique et la troisième personne invisible dans la pièce.
Une méthode pour une réalité triadique
L'entretien génogrammique est classiquement conçu comme dyadique — la·le consultant·e et la·le client·e (ou couple·famille de client·e·s) en échange direct. Dès qu'une·un interprète s'ajoute, cela devient un cadre triadique qui exige ses propres adaptations méthodologiques.
Dans le travail avec les personnes réfugiées, avec des client·e·s non germanophones en aide familiale ou avec des personnes sourdes, l'interprétation est standard. Pourtant, elle est souvent traitée méthodologiquement en parente pauvre — c'est une « nécessité d'organisation », pas une variable méthodologique. Ce point de vue sous-estime ce qui se passe dans la pièce.
Les trois rôles dans la pièce
Consultant·e. Méthodologiquement responsable, mais limité·e linguistiquement. Ce qui manque ici souvent : une conscience claire que sa propre voix n'arrive qu'indirectement — et que la relation entre la·le client·e et l'interprète est souvent plus porteuse que celle avec la·le consultant·e.
Client·e. Parle dans sa langue maternelle, dans un cadre qu'elle·il n'a généralement pas choisi elle·lui-même. La confiance dans la·le consultant·e est différée — elle doit être médiée par l'interprète.
Interprète. Traduit non seulement les mots, mais aussi les conventions culturelles, les tabous, les formes de parole indirectes. Elle·il n'est pas neutre, mais activement impliqué·e — et devrait pouvoir l'être.
Avant la séance : l'entretien préalable
Avec l'interprète, je parle avant chaque premier entretien — même si ce n'est que 15 minutes. Contenus :
- Que prévoit-on aujourd'hui ? Dessiner un génogramme, trois générations, centré sur les relations.
- Quels symboles apparaissent ? Expliquer brièvement les principaux pour que la traduction soit juste.
- Quels sujets sont prévisiblement délicats ? Décès, violence, religion, passé politique.
- Quelle convention de traduction ? Consécutive (phrase par phrase) ou synthétisée ?
Cette préparation paraît coûteuse, mais elle économise du temps de séance et réduit les malentendus.
Pendant la séance : adaptations méthodologiques
1. Garder l'adresse directe à la·au client·e
J'adresse la parole à la·au client·e, pas à l'interprète. « Comment était votre grand-mère ? » — pas « Demandez-lui comment était sa grand-mère. » Cette micro-règle paraît anodine, mais elle est centrale pour la relation.
2. Prévoir des pauses
La traduction coûte du temps. Une séance de 60 minutes avec interprétation équivaut en substance à une séance de 35 minutes sans. Une planification temporelle réaliste protège de la précipitation.
3. Introduire les symboles ensemble
Je n'explique pas les symboles une seule fois, mais intégrés dans l'entretien — et je vérifie ensuite : « Le sens de ce symbole est-il clair ? » La question s'adresse à la·au client·e, la réponse vient via l'interprète.
4. Penser aux marqueurs culturels
Un génogramme dans la convention ouest-européenne représente mal certaines constellations familiales. Mariages polygames, ensembles familiaux élargis, constellations d'adoption au-delà de la norme occidentale — tout cela exige des extensions symboliques qui doivent être élaborées avec la·le client·e (et l'interprète).
Construction de la confiance dans le cadre triadique
La confiance n'est pas produite par des techniques particulières, mais par la cohérence et la clarté. Ce qui fonctionne :
- Nommer clairement le secret professionnel. « Madame X (interprète) a le même secret professionnel que moi. Ce qui se dit ici reste ici. »
- Ne pas cacher l'interprète. La·le client·e doit voir l'interprète comme une personne, pas comme une machine à traduire. Une brève présentation au début est importante.
- Clarification en cas de blocage. Quand la·le client·e hésite, je demande non seulement « Qu'y a-t-il ? », mais aussi « Cela vous convient-il, avec Madame X (interprète), d'aborder cela ici ? » Certains sujets demandent une autre constellation.
Quand l'interprète vient de la même communauté
Une constellation fréquente dans le travail avec les personnes réfugiées : l'interprète vient de la même région d'origine, parfois elle·il connaît des connaissances de la·du client·e. Cela a des avantages et des inconvénients.
Avantages : évidence culturelle, construction de confiance généralement plus rapide.
Inconvénients : possible conflit de loyauté, crainte chez la·le client·e que des informations soient transmises, difficultés sur les sujets tabous (rôle des femmes, religion, orientation sexuelle).
Solution : aborder explicitement cette constellation, avant que les sujets délicats n'arrivent. « Si vous préférez en parler avec une autre interprète, nous pouvons l'organiser. » Nommer cette option vaut plus que son utilisation effective.
Vignette de pratique
Famille de Syrie, réfugiée en 2016, trois enfants, entretien génogrammique à la deuxième séance d'aide familiale ambulatoire. Interprète : jeune femme, début trentaine, de la même ville que la famille. Premières 20 minutes bonnes, puis blocage sur le sujet du « frère disparu du père ».
Je demande à la cliente : « Souhaitez-vous en parler maintenant ou plutôt plus tard ? » L'interprète traduit — et la cliente répond, en regardant l'interprète : « Madame X connaît peut-être quelqu'un qui connaît la famille de mon mari. Je préfère en parler plus tard, avec quelqu'un d'autre. »
La clarté de cette réponse n'a été possible que parce que j'avais nommé l'option. Nous avons terminé la séance, planifié la suivante avec une autre interprète, et le sujet a été abordé là.
Après la séance : l'entretien de débriefing
Avec l'interprète, je débriefe brièvement après chaque séance. Contenus :
- Qu'avez-vous remarqué que je n'ai pas vu ?
- Y a-t-il eu des nuances culturelles perdues dans la traduction ?
- Comment était-ce pour vous, de travailler avec cette·ce client·e ?
Ces débriefings ne sont pas une thérapie pour l'interprète (ce serait confusion de rôle), mais une réflexion méthodologique — et ils améliorent la séance suivante.
Liens complémentaires
- Groupe de travail national sur l'interprétation dans la santé — BUMF, aide aux personnes réfugiées
- DGSF : conseil interculturel — Fédération spécialisée
- Lexique socialnet : interprétation — Lexique du travail social
- Wikipédia : Community Interpreter — Aperçu méthodologique
- Éditions Carl-Auer — Ouvrages de référence