Module 4 « Se spécialiser » — Leçon 22 · Temps de lecture env. 15 min

Les séparations à haut conflit sont l'aboutissement visible d'une chaîne transgénérationnelle de modèles d'attachement et d'histoires de pertes. Le génogramme rend cette chaîne lisible — bien avant qu'elle ne marque la génération suivante.

Pourquoi le haut conflit n'est pas simplement « un divorce difficile »

La séparation et le divorce font partie du quotidien de tout service de conseil systémique familial. La plupart des familles traversent un processus de réorganisation douloureux mais surmontable : les parents développent avec le temps — parfois avec un soutien professionnel — un modèle de coparentalité fonctionnel, les enfants se stabilisent, le système trouve un nouvel équilibre.

Les séparations à haut conflit se déroulent différemment. Elles se caractérisent par des affrontements chronicisés et escaladants qui, malgré le temps, malgré les décisions judiciaires et malgré les interventions, ne se résolvent pas — mais s'aggravent souvent. La séparation elle-même n'est plus le sujet central ; c'est l'attisement et le maintien du conflit qui le sont. Les enfants sont instrumentalisés, les tribunaux et les services de protection de l'enfance sont sollicités sans cesse, chaque nouvel arrangement de coparentalité devient le prochain champ de bataille.

Friedrich Glasl a décrit dans ses recherches sur le conflit (Konfliktmanagement, Verlag Freies Geistesleben, plusieurs éditions) neuf niveaux d'escalade, allant de la tension coopérative jusqu'à la volonté mutuelle de destruction. Les familles à haut conflit se situent typiquement aux niveaux 5 à 7 : la perte de face est en jeu, des coalitions se forment, des stratégies de menace juridique remplacent toute négociation. Un retour à des niveaux coopératifs est difficilement envisageable sans intervention professionnelle sérieuse — et même alors, le chemin est long.

Pour la pratique du conseil, cela signifie : les familles à haut conflit ne viennent généralement pas volontairement, ni avec pour mandat de comprendre leur propre dynamique. Elles viennent parce que le service de protection de l'enfance a orienté vers ce suivi, parce que le tribunal aux affaires familiales a ordonné un accompagnement, ou parce que le droit de visite accompagné ne fonctionne plus. Le contexte est ainsi fondamentalement différent de celui de client·e·s qui recherchent une réflexion de leur propre initiative.

Dans ce cadre, le génogramme n'est pas un simple outil de visualisation neutre — c'est un instrument de formation d'hypothèses qui condense, en un seul dessin, ce que de nombreuses heures d'entretien ne mettraient que peu à peu en lumière : quels modèles de séparation et de perte ces deux personnes ont-elles apportés dans leur relation ? Comment la famille d'origine respective a-t-elle vécu — ou dissimulé — le conflit ? Et qui, en arrière-plan, entretient la dispute ?

La structure profonde transgénérationnelle des séparations à haut conflit

L'illusion de la cause unique

Un malentendu répandu dans le travail sur le haut conflit est de penser qu'un événement précis — infidélité, tromperie financière, profil de personnalité narcissique — expliquerait pourquoi cette séparation dégénère. D'un point de vue systémique, c'est trompeur. Les hauts conflits ne sont pas la réaction à un événement ; ils sont un état du système qui se constitue dans la durée et que rend possible un faisceau de facteurs — dont beaucoup se situent bien avant la séparation elle-même, certains bien avant l'histoire commune du couple.

Les modèles d'attachement comme fondement

La théorie de l'attachement de John Bowlby et son prolongement clinique par Mary Ainsworth fournissent un cadre explicatif essentiel. Les adultes ayant développé dans l'enfance des modèles d'attachement insécures — en particulier l'attachement désorganisé, qui naît souvent dans des environnements relationnels imprévisibles ou traumatiques — portent, dans la constellation du couple, une propension accrue à activer des perceptions de menace. La séparation n'est alors pas vécue comme une perte douloureuse mais surmontable, mais comme une menace existentielle pour sa propre identité. L'ex-partenaire n'est plus une personne avec sa propre histoire, mais l'incarnation de cette menace.

Le génogramme rend visibles les modèles d'attachement à travers les générations : qui a été séparé ou abandonné tôt ? Qui a eu des parents utilisant le retrait d'affection comme moyen de pression ? Qui a grandi dans un foyer où les conflits explosaient ou étaient complètement évités — mais jamais résolus ?

Le modèle de différenciation de Bowen et la réactivité émotionnelle

Murray Bowen, l'un des fondateurs de la thérapie familiale systémique, a développé le concept de différenciation de soi : la capacité à prendre position dans des systèmes chargés émotionnellement sans fusionner — se confondre entièrement avec le système — ni se distancier — se couper émotionnellement. Les personnes ayant une faible différenciation de soi réagissent aux événements de séparation par une réactivité émotionnelle envahissante. Leur système ne distingue plus la blessure relationnelle de la menace pesant sur leur propre personne.

Bowen a décrit de façon systématique, dans Family Therapy in Clinical Practice (1978, Jason Aronson), comment ce niveau de différenciation se transmet de génération en génération : des parents eux-mêmes peu différenciés créent des systèmes familiaux dans lesquels les enfants trouvent à peine d'espace pour leur autonomie émotionnelle. L'histoire conflictuelle familiale — comment on se disputait, comment les séparations étaient négociées, ce qui se passait en cas de perte — façonne le répertoire émotionnel de la génération suivante.

Le génogramme visualise concrètement ce constat bowénien : lorsqu'un père de 40 ans réalise que son propre père, au même âge, a agi de façon conflictuelle envers sa mère, et que le grand-père paternel a lui aussi perdu le contact avec ses enfants après une séparation — le génogramme peut alors rendre cette résonance structurelle littéralement visible, bien avant que le client ne parvienne à la formuler verbalement.

Modèles transgénérationnels de séparation et de perte

L'une des observations les plus frappantes dans le travail sur le haut conflit est la régularité avec laquelle les modèles de séparation reviennent à travers les générations. La mère qui aujourd'hui lutte contre le père dans un conflit permanent pour la garde a souvent elle-même vécu un haut conflit parental comparable — ou l'extrême opposé : une histoire familiale où les séparations ont été niées, dissimulées ou subies en silence, sans jamais être élaborées.

Ces deux directions façonnent le scénario selon lequel se déroulent les séparations propres. Les enfants des personnes qui se disputent aujourd'hui ne portent pas seulement le conflit actuel — ils portent la carte gravée en eux : c'est ainsi que l'on met fin à une relation. C'est à cela que ressemble une séparation.

Par ailleurs, les pertes non élaborées de l'histoire familiale jouent un rôle essentiel. Décès précoces, séparations, émigration, expériences de guerre — tout cela peut, s'il n'a pas été suffisamment élaboré et intégré, être réactivé comme charge émotionnelle non résolue lors de crises de vie ultérieures. Une séparation peut ainsi devenir le déclencheur qui fait remonter à la surface des blessures bien plus anciennes, sans que les personnes concernées comprennent pourquoi la réaction paraît si intense et si difficile à réguler.

Triangulation et coalitions

Salvador Minuchin a décrit, dans sa thérapie familiale structurale, comment les frontières entre sous-systèmes — entre le sous-système parental et le sous-système fraternel, entre les parents eux-mêmes — s'effondrent dans les familles à forte conflictualité. Des coalitions se forment : un parent s'allie à un enfant contre l'autre. L'enfant quitte sa position générationnelle et se retrouve poussé dans un rôle quasi conjugal ou quasi parental — un phénomène également désigné dans la littérature sous le terme de parentification.

Le concept de triangulation de Murray Bowen décrit le même mécanisme sous l'angle de la théorie des systèmes : lorsque la tension émotionnelle entre deux personnes devient insupportable, une troisième personne est entraînée dans la dyade pour réguler cette tension. Ce n'est pas un plan conscient ; c'est un schéma de réaction systémique. Dans les séparations à haut conflit, la triangulation est presque toujours présente — la question n'est pas de savoir si elle existe, mais dans quelle mesure et avec quels membres de la famille.

Le génogramme aide à cartographier ces structures : qui est la personne de confiance à qui l'on rapporte des détails sur l'autre parent ? Qui transmet des messages que les adultes ne se disent pas directement ? Qui est émotionnellement si proche d'un parent qu'on peut à peine distinguer de quelle position on parle ?

Les familles d'origine comme acteurs actifs

Souvent négligé, mais central : les deux familles d'origine ne sont pas des figures silencieuses en arrière-plan des séparations à haut conflit — ce sont des acteurs actifs. Les parents des partenaires en conflit prennent position, amplifient souvent involontairement l'escalade, prennent les enfants en charge physiquement et émotionnellement, fournissent des cadres d'interprétation et parfois aussi des munitions pour les affrontements judiciaires.

La question de savoir comment les conflits, séparations et pertes ont été gérés dans les familles d'origine est tout aussi pertinente pour le génogramme que la constellation actuelle. Un parent vient-il d'une famille où séparation rimait avec rupture de contact ? L'autre vient-il d'une famille qui affichait l'harmonie vers l'extérieur, mais vivait en interne le silence et la distance ? Ces antécédents n'expliquent pas tout — mais ils expliquent beaucoup.

Le cadre du travail au génogramme en situation de haut conflit

La décision de base : des séances séparées

En cas de haut conflit actif, le travail commun au génogramme avec les deux parents est généralement contre-indiqué. L'entretien de génogramme ouvre des espaces biographiques et émotionnels — il invite à se montrer vulnérable, à révéler des modèles familiaux, à exposer sa propre histoire. Dans une séance commune avec une constellation à haut conflit, cet espace devient immédiatement la prochaine arène de combat : chaque information révélée par un parent peut être utilisée contre lui ; chaque dévoilement de soi devient une prise pour l'attaque.

La recommandation claire pour la pratique est donc : des séances individuelles séparées pour le travail au génogramme avec les deux parents. Les génogrammes respectifs ne sont pas partagés ; la conseillère travaille avec chaque parent sur sa propre image familiale. Ce n'est que lorsqu'une stabilisation durable et une première disposition à coopérer se sont installées — ce qui, dans les véritables hauts conflits, réussit rarement rapidement — qu'une réflexion commune peut être envisagée.

La multipartialité comme posture méthodologique

La pratique systémique connaît le concept de multipartialité (en référence à la partialité multidirectionnelle d'Ivan Böszörményi-Nagy) : la conseillère n'est pas neutre — la neutralité est une illusion à laquelle aucune des parties ne fait confiance —, mais prête sa voix à chaque partie tour à tour, reconnaît la vérité de chaque perspective et est prête à endosser le regard de chaque membre de la famille, sans perdre sa propre distance professionnelle.

Dans le travail sur le haut conflit, la multipartialité est particulièrement exigeante, car les deux parents tendent à essayer d'attirer la conseillère de leur côté. Le génogramme peut ici avoir une fonction structurante : il détourne le regard du différend actuel pour le porter vers les racines familiales des deux côtés, invitant ainsi à l'autoréflexion sans aborder directement l'autre parent.

Le génogramme avec un seul parent

Si l'autre parent refuse l'accompagnement ou reste injoignable, la conseillère travaille seule avec le parent présent. Ce n'est pas un pis-aller — c'est souvent la seule option, et elle est méthodologiquement à part entière.

Le génogramme du parent présent peut se suffire à lui-même : il montre sa propre famille d'origine, ses propres expériences de séparation et de perte, ses propres histoires d'attachement. L'autre parent est inscrit, mais son côté reste nécessairement lacunaire — ce qui doit être communiqué de façon transparente et peut même devenir un sujet de discussion : que savez-vous en réalité de la famille d'origine de votre ex-partenaire ? Qu'est-ce que vous n'avez jamais demandé ?

Les enfants en conflit de loyauté : une vigilance particulière

Les enfants issus de séparations à haut conflit se trouvent dans une vulnérabilité particulière. Le psychanalyste Helmut Figdor a décrit en détail, dans son ouvrage largement reçu sur les enfants de familles divorcées, comment le système de loyauté des enfants souffre du haut conflit parental : l'enfant aime ses deux parents, mais toute manifestation d'affection envers l'un est — explicitement ou implicitement — interprétée comme une trahison envers l'autre. Sous cette pression, les enfants apprennent à nier leurs propres besoins d'attachement et à s'entraîner à une absence d'expression émotionnelle.

Lorsque des enfants sont associés à des contextes de conseil — par exemple dans le cadre de l'aide à l'enfance ou d'un droit de visite accompagné — le génogramme doit être utilisé avec une vigilance particulière. La documentation graphique du système familial peut placer un enfant dans une position où il doit parler des deux parents et les juger — ce qui active immédiatement des angoisses de loyauté. Des méthodes ludiques adaptées à l'âge (plateau familial, travail de sculpturation) peuvent ici être plus appropriées.

Lorsque le génogramme est utilisé avec des enfants, des règles particulières s'appliquent : - L'enfant dessine sa propre version — aucun parent dans la pièce - Les schémas ne sont jamais désignés comme la « faute » d'un parent - L'enfant reçoit explicitement la permission d'aimer et de regretter ses deux parents - Le génogramme est présenté comme « ta carte familiale » — sans aucun jugement

Guide pratique : le génogramme en situation de haut conflit en six étapes

L'élaboration d'un génogramme en situation de haut conflit diffère sur des points essentiels du génogramme standard selon McGoldrick, Gerson et Petry (Genograms: Assessment and Intervention, 3e éd. 2008, Norton). Cette démarche n'est recommandée qu'à partir de la deuxième ou troisième séance au plus tôt — au début priment l'établissement de la relation, la contextualisation du mandat et la stabilisation.

Étape 1 — Contextualisation du mandat : avant d'introduire le génogramme, clarifier : quel est le mandat de conseil ? Qui a initié l'accompagnement ? Qu'espère le parent présent — et que craint-il ? Dans les contextes ordonnés par un tribunal, il est essentiel de clarifier ceci : l'entretien de génogramme n'est pas une expertise, son contenu n'a pas de pertinence judiciaire, et la conseillère n'est pas une experte judiciaire. Ce n'est qu'avec cette clarté que se crée l'espace protégé nécessaire à un récit sincère.

Étape 2 — Génogramme de base sur trois générations : le format standard selon McGoldrick, Gerson et Petry est utilisé : □ pour les hommes, ○ pour les femmes, des lignes de liaison pour les partenariats et les relations parents-enfants. La séparation actuelle reçoit la symbolique correspondante : une ligne diagonale traversant la ligne de partenariat pour la séparation, deux lignes diagonales pour le divorce. L'autre côté de la famille (l'ex-partenaire) est inscrit, mais reste nécessairement esquissé.

Étape 3 — Cartographier les lignes de conflit et de séparation : sur le génogramme de base, toutes les séparations, tous les divorces et tous les conflits chroniques de la famille d'origine sont inscrits systématiquement. Dans la symbolique de McGoldrick/Gerson, les relations conflictuelles sont marquées par une ligne en zigzag entre les personnes ; les relations nettement distanciées par une ligne pointillée ; les ruptures de contact complètes par une ligne interrompue portant deux traits transversaux. L'objectif de cette étape n'est pas l'exhaustivité, mais la reconnaissance de schémas : à quelle fréquence les séparations surviennent-elles ? À quelles phases de vie ? Comment ont-elles été négociées à l'époque ?

Étape 4 — Rendre visibles les structures de coalition : les relations très étroites, potentiellement enchevêtrées — la coalition classique parent-enfant contre l'autre parent — sont marquées par une ligne double ou un tracé particulièrement rapproché. La question d'accompagnement est : « Qui, dans votre famille, a le plus soutenu qui — et qu'est-ce que cela a signifié pour les autres ? » Cette formulation ouvre les structures de coalition sans utiliser le terme lui-même.

Étape 5 — Perspective sur trois générations des modèles de séparation : le cœur du travail au génogramme en situation de haut conflit : la conseillère invite à raconter les histoires de séparation de la génération des grands-parents. Comment était le mariage des grands-parents ? Y a-t-il eu des séparations, des ruptures, des pertes précoces ? Comment ont-elles été négociées — et qu'est-ce que la famille en a dit, ou justement n'en a pas dit ? La question décisive, posée avec prudence : « Quand vous regardez ce schéma — que remarquez-vous ? » Le génogramme crée ici la structure visible qui invite le ou la client·e à nommer lui-même ou elle-même les schémas.

Étape 6 — Compléter par la perspective de l'enfant (si approprié) : si la relation est suffisamment solide et que le client montre déjà les premiers mouvements de réflexion : inscrire les enfants dans le génogramme et explorer comment ils vivent le conflit. Qu'observez-vous ? Que raconte l'enfant — et sur quoi se tait-il ? Quelles structures de coalition apparaissent ? Cette étape déplace le regard du parent, de l'affrontement avec l'ex-partenaire vers la question de ce que la situation signifie pour l'enfant — sans attribution de faute, mais avec une conséquence claire.

Limites et pièges

Pas un outil de diagnostic pour le tribunal

Le génogramme est un instrument de conseil et de réflexion. Ce n'est pas un document diagnostique pour les procédures devant le tribunal aux affaires familiales et il ne peut pas servir de base à des recommandations concernant l'autorité parentale ou le droit de visite. Dans de telles procédures, des expertises sont établies par des professionnel·le·s spécialement mandaté·e·s — il s'agit là d'un mandat fondamentalement différent et d'une autre expertise.

Les professionnel·le·s qui travaillent dans des contextes de haut conflit doivent communiquer cette limite clairement et tôt. Si elle n'est pas posée explicitement, il existe un risque que les client·e·s instrumentalisent l'entretien — ou que les professionnel·le·s soient poussé·e·s involontairement vers un rôle d'expert·e judiciaire pour lequel ils et elles ne sont ni mandaté·e·s ni formé·e·s.

La multipartialité sous pression

Les client·e·s en haut conflit testent systématiquement la multipartialité. Toute validation de leur propre point de vue est interprétée comme une prise de parti ; toute question sur la perspective de l'autre parent, comme une attaque. La conseillère doit être capable de nommer cette dynamique — sans faire honte à la cliente.

Ici aussi, le génogramme peut avoir une fonction de décharge : il déplace le centre d'attention du différend actuel vers l'histoire familiale et permet des pas hors de la polarisation, sans ignorer ni minimiser la réalité actuelle.

Quand le travail au génogramme est contre-indiqué

Il existe des situations dans lesquelles le génogramme ne devrait pas être utilisé dans des contextes de haut conflit :

  • Lorsque la violence est en jeu : en cas de violence domestique aiguë ou chronique, la réflexion transgénérationnelle n'est pas le besoin le plus urgent — la sécurité l'est. Le génogramme peut être utilisé plus tard, une fois la situation de protection clarifiée.
  • Dans la phase d'escalade aiguë : lorsqu'une famille à haut conflit se trouve en escalade active — nouvelle audience au tribunal, conflit aigu autour du droit de visite —, la capacité cognitive et émotionnelle pour un travail de réflexion est minimale. La stabilisation est prioritaire.
  • Lorsque le bien-être de l'enfant est immédiatement menacé : si un parent instrumentalise le conseil ou l'enfant — en amenant les enfants comme témoins, en voulant recueillir des déclarations —, l'accompagnement doit être interrompu et le mandat de protection de l'enfance clarifié.
  • En cas d'absence totale de motivation : les client·e·s présent·e·s uniquement sous la contrainte extérieure et ne signalant aucun intérêt propre pour la réflexion ne sont pas accessibles au travail au génogramme. L'établissement de la relation et le travail de motivation doivent être prioritaires.

Reconnaissance de schémas sans déterminisme

Un risque spécifique de la perspective transgénérationnelle est la sur-causalité : tout schéma de séparation dans la famille d'origine n'est pas la cause du haut conflit actuel. Toute expérience d'attachement n'est pas immuable. Le génogramme est une invitation à la réflexion, non un jugement déterministe.

Le ou la professionnel·le est tenu·e de proposer les schémas comme des hypothèses — et de vérifier activement où la cliente les conteste ou les corrige. La phrase « Je pourrais l'imaginer — mais est-ce que cela correspond à votre vécu ? » est méthodologiquement incontournable.

Vignette clinique

Un père de 42 ans arrive au service de conseil sur orientation du service de protection de l'enfance. Lui et son ex-partenaire sont depuis deux ans engagés dans un conflit pour la garde ; il y a déjà eu quatre audiences au tribunal, trois tentatives de médiation interrompues et une demande en cours de curatelle pour le droit de visite. Il est convaincu que son ex-partenaire manipule l'enfant et lui retire systématiquement le contact. Sa mère l'accompagne aux audiences et soutient fermement cette conviction.

Lors du troisième entretien — après qu'une première base de travail s'est installée — la conseillère propose de dessiner ensemble un génogramme. En inscrivant l'histoire familiale, on découvre que son père a quitté la famille quand le client avait huit ans. Ont suivi des années d'affrontements intenses entre les parents, durant lesquelles lui et sa sœur cadette servaient de messagers et de témoins informels. Sa mère avait alors qualifié publiquement le père de « monstre » — une formulation que le client utilise désormais pour son ex-partenaire. Une tante maternelle s'était trouvée dans une situation de haut conflit similaire ; là aussi, un conflit judiciaire avait finalement conduit à une rupture complète du contact entre le père et ses enfants.

En regardant le génogramme achevé, la conseillère demande : « Qu'est-ce que vous voyez ? » Un long silence s'installe. Puis le client dit à voix basse : « Ma mère a aussi écarté mon père. Et je ne l'ai jamais vraiment retrouvé. »

Le génogramme n'a pas résolu le conflit pour la garde. Mais il a permis au client d'établir, pour la première fois, un lien émotionnel entre sa propre expérience d'enfance et son comportement actuel — une ouverture sur laquelle un travail de réflexion ultérieur peut s'appuyer, sans nier les réalités juridiques actuelles.

État de la recherche et mise en perspective critique

Le fondement empirique de l'utilisation spécifique du génogramme dans les séparations à haut conflit est — comme pour de nombreuses méthodes systémiques — essentiellement qualitatif et casuistique. Des études directes sur l'efficacité des interventions par génogramme dans les constellations à haut conflit font défaut. La force de l'approche ne réside pas dans une supériorité fondée sur des preuves par rapport à d'autres méthodes, mais dans sa capacité d'intégration conceptuelle : elle relie les perspectives de la théorie des systèmes, de la théorie de l'attachement et de la transmission transgénérationnelle en un seul instrument visuellement accessible.

La recherche plus large sur les familles à haut conflit montre de manière constante que les conséquences négatives à long terme pour les enfants dépendent moins de la séparation elle-même que du niveau persistant du conflit parental. Toute intervention qui contribue à déplacer l'horizon des parents du différend vers les racines biographiques peut apporter une contribution à la protection de l'enfance — même sans constituer un programme thérapeutique complet.

Dans l'espace germanophone, la médiation systémique avec les familles à haut conflit a connu une spécialisation croissante. Dans ce contexte, le génogramme est jusqu'à présent moins utilisé comme méthode autonome — il se conçoit souvent comme un instrument complémentaire au sein d'un processus de conseil ou de thérapie plus large. Cette intégration est méthodologiquement cohérente : le génogramme seul ne résout pas les hauts conflits, mais il peut ouvrir un espace de réflexion spécifique, difficilement accessible autrement.

La question de savoir si le regard transgénérationnel, dans les contextes de haut conflit, ne comporte pas le risque de submerger les client·e·s ou de brouiller la responsabilité est débattue de manière controversée : si tout est ramené à l'origine et aux schémas, cela peut — dans la perception de la cliente — être utilisé comme un récit de décharge. Le ou la professionnel·le a la responsabilité d'établir des liens clairs entre la compréhension systémique et la responsabilité personnelle d'agir : l'origine explique ; elle n'excuse pas.

Renvois

  • Module 4 Leçon 21 « Le génogramme dans l'accompagnement du deuil » — recoupements avec les modèles transgénérationnels de perte et les styles de deuil ; de nombreuses situations de haut conflit contiennent un deuil non élaboré de la relation
  • Module 4 Leçon 18 « Systèmes à intervenants multiples » — les familles à haut conflit sont presque toujours des systèmes à intervenants multiples (service de protection de l'enfance, tribunal aux affaires familiales, représentant de l'enfant, service de conseil) ; les règles de coopération et de délimitation qui y sont exposées s'appliquent ici de façon renforcée
  • Module 4 Leçon 14 « Traumatisme, épigénétique et neurobiologie » — approfondit la transmission transgénérationnelle des pertes non élaborées, décrite dans cette leçon comme un amplificateur de conflit
  • Module 3 « Approfondir » — le modèle de différenciation de Bowen, la théorie de la triangulation et le concept de coalition de Minuchin comme socle théorique
  • Module 2 « Appliquer » — fondements méthodologiques pour l'inscription des lignes de conflit, des coalitions et des ruptures de contact dans le génogramme

Pour aller plus loin

  • McGoldrick, M., Gerson, R. & Petry, S. (2008): Genograms — Assessment and Intervention, 3e éd. — W. W. Norton & Company
  • Glasl, F.: Konfliktmanagement. Ein Handbuch für Führungskräfte, Beraterinnen und Berater — Verlag Freies Geistesleben (ouvrage de référence sur le modèle d'escalade à 9 niveaux)
  • Bowen, M. (1978): Family Therapy in Clinical Practice — Jason Aronson (texte fondateur sur la différenciation et la triangulation)
  • Figdor, H.: Kinder aus geschiedenen Ehen: Zwischen Trauma und Hoffnung — Psychosozial-Verlag (perspective psychanalytique classique sur les enfants du divorce et les conflits de loyauté)